Connaissez-vous l’artiste Le D ?

Et si l’art se trouvait dans ce que l’on abandonne ? Le D, street artist autodidacte, redonne vie aux encombrants et investit la rue avec un univers sensible, engagé et profondément humain.

 

Le street artist Le D nous a offert une entrevue pour nous parler de son travail et de sa démarche de revalorisation des encombrants, qui lui tient particulièrement à cœur. Avec la conviction que l’art est avant tout pour tous.tes, et la certitude qu’il doit être accessible, l’artiste nous a expliqué son parcours et son engagement.

Quand l’art rencontre l’écologie

En décembre dernier, l’exposition Sur les traces du D a retenu notre attention. Sur le thème de la réutilisation et de la revalorisation, les encombrants étaient au centre de celle-ci. A l’occasion de l’exposition, Le D a collaboré avec le centre de tri Veolia, il a pu aller sur site et sélectionner lui-même les déchets qu’il souhaitait peindre. Il a donc récupéré de nombreux objets qui étaient destinés à la destruction et les a revalorisés pour les exposer au Wilde en décembre. Nous pouvions également retrouver un glossaire de mots dans l’exposition, dont upcycling, revalorisation ou encore économie circulaire.

Créer du lien

Engagé, Le D n’hésite pas à donner aux spectateurs sa vision du monde et à proposer des œuvres qui sont le fruit de ses collaborations, la ville de Paris a aussi donné des objets à l’artiste comme une benne à ordures et d’autres outils qu’il a customisé. Toujours en quête de sens et de créer du dialogue dans son travail, il a organisé 12 ateliers avec des associations durant son exposition. Une vente aux enchères caritative a également eu lieu, l’artiste souhaitait faire profiter aux autres des objets qu’il avait pris et utilisés durant l’exposition :“Je veux faire un beau cercle vertueux.”

“Pour mes expositions, j’ai besoin d’un dialogue, que ça soit ancré dans une narration et pas juste présenter des œuvres comme ça.”

Un nouveau départ dans la capitale

Originaire de Normandie, il a grandi dans une petite ville assez calme. À la fin du lycée, à 18 ans, il découvre l’effervescence de la capitale. Il se retrouve plongé dans l’intensité de la ville, qui bouscule ses habitudes et peut parfois être étouffante. Les rues aérées qu’il connaissait auparavant n’ont rien à voir avec celles de Paris. Nouveau départ, nouvelle vie : Le D se lance dans la musique. Déjà tôt, il s’investit pleinement dans ce qu’il entreprend.

Naissance d’une pratique

Lors du confinement, Le D s’est retrouvé dans une période de silence artistique et s’est naturellement tourné vers le dessin, qui auparavant faisait partie de sa vie mais n’était pas encore devenu son quotidien. Il s’est tout de suite épanoui dans cette discipline et sa motivation n’a eu de cesse d’augmenter avec le temps. Au bout d’un an de travail, il réussit à faire de l’art son métier, et ce depuis cinq ans. Autodidacte, le street artist a fait preuve de résilience et a effacé les lacunes qu’il avait, toujours en quête de progression : Le D travaille son coup de marqueur. 

Son matériel de prédilection ? Les marqueurs Molotow One4All ! Écologiques et pratiques, leur mine est interchangeable et remplaçable, sans oublier le réservoir rechargeable. Médium tout support, l’artiste peut peindre aussi bien des toiles, des murs ou des encombrants. Petit clin d’œil sur l’actualité de Le D, si vous êtes vigilant, notamment dans le 11e arrondissement, vous pouvez découvrir de magnifiques plaques d’égouts personnalisées par ses soins. Avec ce nouveau support, il troque les marqueurs pour les pinceaux.

Mais, Le D, qu’est-ce que ça signifie ? Inspiré d’Edmond Dantès, héros du roman Le Comte de Monte-Cristo, il s’identifie à ce personnage aux identités multiples.  Ce qu’adore l’artiste, c’est la richesse des différentes personnalités qui coexistent en un seul être. C’est ce à quoi Le D aspire, être un artiste hybride qui a ses propres objectifs, ne suivant pas les cadres traditionnels Quand tu es artiste, tu as sans cesse ce besoin de recherche, de renouvellement, de reconstruction, de doute. Je me dis toujours que je n’ai pas envie de rester dans un carcan si cela ne me correspond pas.” nous confia-t-il.

Un univers à deux visages

Chaque inspiration dont Le D nous a parlé fait profondément écho à son esthétique. De son enfance à aujourd’hui, tout ce qui a façonné son monde se perçoit dans ses œuvres. Pour comprendre l’univers foisonnant de l‘artiste, il faut commencer par s’intéresser à ses deux personnages. L’un a une énorme bouche, un gros nez, une grande oreille : c’est celui qui pose de grosses questions. Il est arrivé en premier des deux, il se questionne énormément sur le monde qui l’entoure, sur où est sa place : la réflexion de quelqu’un qui remet en question son monde. Tandis que l’autre est plus léger, peut-être plus discret, avec de grands bras fins, de grandes jambes, de petits yeux et doté d’une belle souplesse : il embrasse le monde. Ces deux personnages évoluent avec le temps et sont les alias de l’artiste, même si nous pouvons tous nous y retrouver. Au milieu de cet univers onirique, ils se positionnent dans les compositions du street artist en fonction de son état d’esprit, de son instinct sur le moment et prennent place dans ses villes très denses. L’agencement des éléments reflète ce qu’il ressent : entre ville et nature, entre immeubles et montagnes, ces paysages bienveillants et chaleureux nous invitent à nous y plonger avec lui. “Depuis que j’ai commencé le dessin je me sens bien, c’est cathartique et c’est la représentation sincère de ce que je suis.”

“J’essaie d’aller dans ma direction à moi, sans forcément répondre au cahier des charges imposé à l’artiste.”

La rue comme terrain d’expression

Le D a commencé à travailler dans la rue presque naturellement. Nourri par l’univers du hip-hop et du rap, il y trouvait déjà un terrain d’expression qu’il affectionnait profondément. Il a alors débuté avec son personnage qui se questionne sur les murs et s’est même essayé au collage, sans grande révélation pour celui-ci. Mais, Le D voulait saisir la rue différemment, il s’est alors tourné spontanément vers les encombrants.

Donner une seconde vie aux objets

Les encombrants sont des matériaux abandonnés, que personne ne veut, qui sont gratuits et accessibles. L’artiste a commencé à s’exercer sur ces supports variés, puis, a construit une narration. Portant bien leur nom d’encombrants, il ne pouvait pas tous les ramener avec lui, il laissa alors la possibilité aux passants de les récupérer. Et c’est d’ailleurs ça qu’il apprécie particulièrement, chacun peut les prendre, et c’est aussi cela l’art ! “Ils m’ont été donnés et je les donne, c’est un cercle vertueux, c’est cool !”

Si vous vous demandez, oui, Le D a un support de prédilection : les canapés. Il aime particulièrement la forme qu’ils ont, les courbes et les matériaux différents qui les composent. 

Son processus créatif repose sur l’improvisation, il dessine en fonction du moment, de ses inspirations, de ce qui l’entoure et s’adapte à son support. “C’est ça aussi la beauté du mouvement, il est aussi sur l’instant, la rue c’est ça.”

Avec sa démarche engagée, à la frontière de l’art et de l’écologie, l’artiste nous propose des bouffées d’air de son univers. Nous invitant à nous questionner sur notre environnement. On peut trouver du beau dans chaque chose qui nous entoure, il suffit d’y faire attention. N’hésitez pas à aller découvrir le travail de Le D et ouvrez l’œil dans les rues, vous pourrez découvrir ses œuvres ! 

Comme Le D, donnez une seconde vie aux objets abandonnés. Vous aussi, participez à un cercle vertueux en donnant sur Donnons.org et offrez une nouvelle chance à ce que vous n’utilisez plus ! 

Nos derniers articles

Partager l'article